Les Clés de l'Infox Santé

Les Clés de l'Infox Santé

#19 - J'ai lu un article qui dit que... 🤯

Comment utiliser la pyramide des preuves pour contrer l'infox "scientifique"

Avatar de Catherine Bertrand-Ferrandis
Avatar de Becky White
Catherine Bertrand-Ferrandis et Becky White
juin 11, 2026
∙ Abonné payant

Bonjour à tous,

J’espère que vous allez bien malgré les hauts et les bas de nos thermomètres 🥶🥵.

En parlant de nos 🌡️ , le changement climatique est une parfaite illustration de notre sujet du jour → comprendre pourquoi tous les articles scientifiques ne se valent pas.

Malgré l’accumulation constante de preuves sur l’impact désastreux de l’activité humaine sur notre climat, on entend encore et encore des voix s’élever pour prétendre que les phénomènes observés seraient « normaux ».
Ces narratifs climatosceptiques s’appuient sur de soi-disant “preuves”, des articles et études que les adeptes brandissent au nez du journaliste ou du collègue devant qui ils défendent leurs arguments.

Mais comment savoir si ces “preuves” en sont réellement ? 🤔

Certains présentateurs TV se sont encore illustrés ces dernières semaines par des prises de position climato-sceptiques…

En santé, vous vivez exactement la même chose.

Un patient arrive en consultation avec un article imprimé ou affiché sur son téléphone qui « prouve » qu’un traitement alternatif fonctionne mieux que celui que vous lui proposez. Un collègue cite une étude à la machine à café pour justifier son refus de se faire vacciner. Un lien circule dans votre groupe WhatsApp de pairs, médecins, pharmaciens, sages-femmes, infirmiers, aides-soignants, et cet article vient contrecarrer un protocole ou une position sanitaire en place.

Dans tous ces cas, le problème est le même → vous n’avez ni le temps ni forcément les outils pour évaluer ce qu’on vous met sous le nez.

Alors on répond ce qu’on peut. “J’ai lu autre chose.” “Mon chef dit que...”
→ Au final on entre dans une bataille d’articles, ou d’opinions d’experts. Et personne ne gagne vraiment.

👉 Je vous ai donc concocté une série de deux éditions qui va vous donner des 🔑 pour comprendre et surtout expliquer pourquoi tous les articles ne se valent pas ⬇️

Vous allez apprendre à utiliser la fameuse “pyramide des preuves” pour repérer :

  • là où se situe une étude 👀 dans la hiérarchie des preuves scientifiques,

  • ce qui échappe 🫣 à la pyramide, comme les études qualitatives, le cas des urgences sanitaires, ou celui d’une étude isolée,

  • la nouvelle menace qui vient de l’intérieur même de la littérature scientifique,

  • et comment répondre sans braquer, en aidant votre interlocuteur à y voir plus clair lui aussi 🤝🏽.

Et en cadeau bonus 🎁, une infographie récapitulative est téléchargeable pour les abonnés payants à la fin de cette édition. Histoire que tout le monde apprenne à se repérer dans la pyramide dans la salle d’attente ou la salle de staff ;-)


Avant d’entrer dans le vif de la pyramide…

Petit retour sur les dernières éditions, au cas où vous les auriez ratées.

En mai, nous avons exploré :

1️⃣ Les faux experts 🎭 :

Les faux experts ont été à l’honneur tout le printemps avec une édition sur leurs différents profils, puis une plongée dans nos cerveaux pour comprendre pourquoi il adooooore ces charlatans.

Et je vous ai tout récapitulé sous forme d’un super guide illustré à retrouver ici :

🎁 Votre guide des faux experts santé 😷

🎁 Votre guide des faux experts santé 😷

Catherine Bertrand-Ferrandis
·
May 6
Lisez l’intégralité de l’article

Partagez-le avec vos collègues, vos proches, vos patients, il est fait pour !

D’ailleurs j’ai reçu un message d’une lectrice des 🔑, qui a mis en pratique le guide tout de suite après sa parution, je vous laisse le lire ici ⬇️

Merci, Natalia, pour ce chouette témoignage. Je suis de tout 💛 avec votre cerveau !

2️⃣ Le sandwich de la vérité 🥪

En mai, nous avons également révisé en groupe la technique du sandwich. Exercices, questions et réponses en live.
→ Merci à tous pour votre participation et votre motivation !

Retrouvez la vidéo entière, et la fiche pratique à utiliser en équipe, ici ⬇️

Et si vous n’êtes pas encore abonné payant, c’est le moment de sauter le pas pour accéder à toutes ces ressources 🎁 et soutenir mon travail 🙏🏼 pour que les Clés vous aide encore plus souvent à lutter contre l’intox !

« Les Clés de l’Infox Santé » est une publication financée par ses lecteurs. Pour recevoir les nouveaux articles et soutenir mon travail, pensez à devenir abonné payant. Cela ne vous coûtera que 3 cafés ☕️ par mois ☺️


Comment utiliser la pyramide des preuves pour contrer l’infox “scientifique” 🔬🧬🧑‍🔬

Allez, on y va. Nous allons explorer aujourd’hui comment :

  • se repérer dans la hiérarchie des preuves scientifiques,

  • comprendre pourquoi tous les articles ne se valent pas,

  • se méfier des cas particuliers,

  • et répondre sans braquer, en aidant votre interlocuteur à y voir plus clair lui aussi.

L’idée de cette édition m’est venue pendant notre live avec Imène KACI, consacré à l’importance de la lecture critique d’article scientifique
→ Pour revoir ce live 🎥, c’est ici.

Imène nous avait expliqué pourquoi savoir lire un article scientifique n’est plus un luxe réservé aux seuls chercheurs, et pourquoi tous les acteurs de santé doivent se former pour en connaître les bases. Et pendant la session de questions/réponses en direct, vous nous avez demandé comment déterminer le niveau de confiance que l’on peut avoir dans un article par rapport à un autre.

👉 Aujourd’hui, je réponds à cette question avec l’aide de Becky White, une extraordinaire chercheuse en promotion de la santé, diplômée d’un Doctorat en santé publique et qui nous vient directement d’Australie :-)

La dernière fois que nous nous sommes vues “en vrai”, c’était à Helsinki en novembre dernier, alors ne rigolez pas de nos nez rouges s’il vous plaît 🥶😂 !

Alors un dernier grand merci transplanétaire à Becky, et maintenant plongeons dans le sujet 🤿 ⬇️

🔺 La pyramide des preuves : comment passe-t-on d’une opinion à une preuve scientifique

Tout part d’une idée simple: toutes les études ne peuvent pas servir de preuve “générale”.

  • Certaines études n’observent qu’un seul patient → Elles sont donc difficilement extrapolables au-delà de ce cas particulier.

  • D’autres synthétisent les résultats de centaines d’études menées sur plusieurs décennies et impliquant plusieurs milliers de personnes → Elles sont donc considérées comme plus proches d’une preuve “généralisable”.

Et entre les deux, il y a un monde, ou plutôt… une pyramide 😉.

La pyramide des preuves est la représentation visuelle de cette hiérarchie.
👉 Elle classe les recherches scientifiques selon la robustesse de leur méthode et la capacité à généraliser leurs résultats à une large population.

Plus on monte dans la pyramide, plus la preuve est solide.

Voici ce que chaque niveau signifie concrètement, quand on parle de santé et de médecine 👇🏼

  • 💬 Tout en bas, les opinions d’experts et éditoriaux :
    Un spécialiste qui donne son point de vue sur un sujet. Pas de données collectées, pas de protocole. Utile pour contextualiser, insuffisant pour trancher un débat clinique.

  • 📋 Rapports et séries de cas :
    Un ou plusieurs patients sont décrits en détail. Précieux lorsqu’une maladie est rare ou qu’un phénomène émerge pour la première fois.
    Limite : il est difficile de distinguer le hasard d’une vraie tendance, et cela ne permet pas de différencier la corrélation de la causalité.

  • 🔄 Études cas-témoins :
    On compare un groupe de personnes atteintes d’une affection à un groupe similaire qui n’en est pas atteint, et on examine leurs antécédents médicaux afin d’identifier les facteurs explicatifs. Ces études sont rétrospectives. Elles sont plus fiables que les rapports de cas et les séries de cas, mais peuvent être sujettes à des biais, tels que le biais de mémoire.

  • ⏱️ Études de cohorte :
    Ces études suivent un groupe de personnes sur une longue période afin d’observer les effets d’une exposition ou d’un comportement sur leur santé. Certaines s’étendent sur plusieurs décennies : l’étude Framingham Heart Study suit des patients depuis 1948. Elles permettent, par exemple, de déterminer si une exposition donnée (comme le tabagisme) est associée à des problèmes de santé plus tard dans la vie.

  • ⚖️ Essais contrôlés randomisés (ECR) :
    Les participants sont répartis aléatoirement entre un groupe traité et un groupe témoin (placebo ou traitement de référence). Cette randomisation minimise les biais. Un ECR mené selon une méthodologie robuste constitue une référence solide.

  • 🏆 Tout en haut : revues systématiques et méta-analyses :
    Dans leur cas, on ne mène pas une nouvelle étude : on synthétise toutes celles qui existent sur une même question. Une méta-analyse combine les résultats pour produire une estimation globale. C’est généralement le niveau de preuve le plus élevé.

En général, plus on monte dans la pyramide, plus la solidité de la preuve scientifique augmente. On peut alors en tirer des conclusions et des propositions d’actions généralisables au-delà du cas particulier.

💡 Exemples ⬇️

  • Une seule étude décrivant quatre cas d’éruption cutanée après la consommation de gâteaux d’une certaine marque chez des enfants de 10 ans ne peut absolument pas être généralisée à l’ensemble de la population d’enfants de 10 ans en France. C’est intéressant, mais ce n’est pas une preuve au-delà de ces 4 enfants.

  • Par contre, on peut accorder un niveau de preuve scientifique maximal à une revue systématique rassemblant 59 études sur l’idée d’un lien entre autisme et adjuvant à l’aluminium des vaccins. Pourquoi ? Parce qu’elle passe en revue, analyse et critique des études déjà considérées comme fiables par les autres scientifiques, et déjà haut placées dans la pyramide.
    Et pour info, cette revue conclut que “des données probantes de grande qualité issues d’essais contrôlés randomisés et de vastes études de cohorte ont systématiquement montré qu’il n’existait aucun lien entre les vaccins contenant un adjuvant à base d’aluminium et des problèmes de santé graves ou à long terme, tels que l’asthme, les troubles du spectre autistique ou d’autres maladies chroniques.”

📚 Point définition : Qu’appelle-t-on une preuve scientifique ?

C’est un résultat validé par une méthode fiable, reproductible et vérifiable.

Elle est basée sur des données mesurables, quantifiables et accessibles à la consultation, et les variables susceptibles d’introduire des biais ont été maîtrisées.

Elle est disponible sous forme d’article(s) scientifique(s) publié(s) dans une revue scientifique après relecture, commentaires et accord d’autres spécialistes du sujet.

👉 Astuce pour votre pratique d’acteur de santé

Quand quelqu’un vous cite une étude, on a un truc pour que vous ne vous retrouviez pas bloqué comme ça :

shocked GIF

Souvenez-vous : la première question à poser est « C’est quel type d’étude ?”.

Vous l’avez maintenant compris : un essai contrôlé randomisé et un rapport de cas n’ont pas le même potentiel d’extrapolation en « vérité générale applicable à tous », même s’ils sont publiés dans la même revue à comité de lecture.
Et maintenant vous savez l’expliquer ☺️💪

Résultat : si votre interlocuteur ne sait pas répondre (c’est souvent le cas), proposez de regarder l’étude ensemble et partagez-lui cette édition des Clés 🔑
→ Cela vous aidera à débloquer la situation et il/elle vous sera reconnaissant de lui avoir appris quelque chose !

Partager


👩‍🎨 On récapitule en image

Et avant de passer aux cas particuliers qu’il faudra bien garder en tête, voici l’infographie complète de la pyramide des preuves, pour télécharger et partager avec vos proches, collègues, ou patients ⬇️

(Si vous n’êtes pas encore abonnés, cliquez ci-dessous pour bénéficier de l’essai gratuit et avoir accès à la suite de cette newsletter 😉)

Continuez votre lecture avec un essai gratuit de 7 jours

Abonnez-vous à Les Clés de l'Infox Santé pour continuer à lire ce post et obtenir 7 jours d'accès gratuit aux archives complètes des posts.

Déjà abonné payant ? Se connecter
Avatar de Becky White
Un article invité par
Becky White
Becky White is a consultant and researcher in health promotion, digital health, and infodemic management. Her work explores the intersection of the information environment and public health.
© 2026 Catherine Bertrand-Ferrandis · Confidentialité ∙ Conditions ∙ Avis de collecte
Lancez votre SubstackObtenir l’appli
Substack: la plateforme pour la culture et les idées